Le padel est un sport de sensations, où la finesse peut parfois surpasser la puissance. Parmi les coups les plus élégants et malicieux, la dejada (ou amorti au filet) est sans doute le plus redoutable lorsqu’elle est maîtrisée.
Elle consiste à faire tomber la balle juste derrière le filet, en profitant du recul de l’adversaire ou de son anticipation vers le fond du court.
Ce geste, typique du jeu espagnol, a été popularisé par des joueurs comme Fede Chingotto ou Fernando Belasteguín, capables de passer de la défense à l’attaque grâce à une simple touche délicate.
Qu’est-ce qu’une dejada au padel ?
Le mot dejada vient de l’espagnol dejar, « laisser », comme pour laisser tomber la balle doucement. C’est un amorti court, joué depuis le filet, visant à ce que la balle rebondisse à peine dans le camp adverse.
Elle s’utilise lorsque l’adversaire est reculé : plutôt que de tenter un smash risqué, on choisit la délicatesse. L’objectif n’est pas de frapper, mais de casser le rythme du point, d’endormir le jeu, un peu comme avec une Dormilona mais depuis une position offensive.
Comment exécuter une dejada au padel
1. Choisir le bon moment
La dejada s’utilise quand votre adversaire est loin derrière, après un lob ou une série de balles profondes.
Il faut lire son positionnement : s’il a reculé, c’est le moment parfait pour surprendre. Si au contraire il est proche du filet, mieux vaut éviter.
2. Préparation du geste
- Placez-vous de profil par rapport au filet, genoux légèrement fléchis.
- Tenez votre raquette de padel devant vous, raquette ouverte, à mi-hauteur du corps.
- Le bras dominant doit être détendu, le poignet relâché : le secret de la dejada, c’est la douceur du toucher.
3. Le mouvement
Le geste est court et amorti :
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Commencez avec la raquette légèrement ouverte vers le ciel.
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Frappez la balle devant vous, avec un contact léger, presque glissant.
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Accompagnez le mouvement vers le haut pour donner un effet rétro, de sorte que la balle ralentisse après le rebond.
Plus vous êtes proche du filet, plus votre geste doit être compact. Sur une surface rapide, vous pouvez accentuer un peu l’effet pour mieux contrôler la trajectoire.
4. L’après-coup
Restez vigilant : si la balle revient ou touche la vitre, il faut être prêt à voler la relance. Une bonne dejada se joue autant avec la main qu’avec les yeux : il faut sentir la réaction de votre adversaire dès la frappe.
Comme pour le service au padel, la précision du geste et le contrôle du poignet sont essentiels pour réussir une dejada efficace au filet.
Quand utiliser la dejada en match
La dejada est un coup de surprise : on l’utilise rarement, mais toujours au bon moment. Voici les situations idéales :
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Votre adversaire vient d’effectuer un lob long et recule encore au fond du terrain.
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Vous voulez rompre un échange monotone pour changer le tempo.
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Pour provoquer une faute ou un déplacement précipité.
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En fin de match, lorsque la fatigue rend les déplacements plus lents.
C’est aussi un coup psychologique, il oblige l’adversaire à douter, à hésiter entre reculer ou monter au filet. Utilisée avec parcimonie, la dejada offre un avantage stratégique certain.
Les joueurs qui excellent dans cet art
Certains joueurs du circuit FIP ou World Padel Tour sont connus pour leurs dejadas millimétrées.
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Fede Chingotto maîtrise parfaitement la variation entre puissance et amortie.
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Paquito Navarro l’utilise comme une signature, souvent en fin d’échange pour humilier un adversaire trop reculé.
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Côté français, plusieurs joueurs de la French Padel Academy intègrent désormais la dejada dans leur panoplie de techniques de padel, notamment lors des tournois internationaux.
Leur point commun : une lecture exceptionnelle du jeu et un relâchement absolu dans l’exécution.
Équipement et conditions de réussite
Une bonne dejada nécessite un matériel adapté :
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Raquette de padel : privilégiez les modèles orientés contrôle et précision, avec un bon toucher (ex. Head Delta Control, Nox ML10, Bullpadel Hack Control).
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Chaussures de padel : elles doivent garantir stabilité et adhérence, surtout près du filet.
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Balles neuves : plus vives, elles permettent un meilleur effet rétro.
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Un grip sec ou surgrip adhérent aide à garder le contrôle du manche.
Le choix du matériel n’est pas anodin. Une raquette trop rigide rendra la dejada imprécise ; une raquette souple permettra d’amortir sans forcer.
Dejada, Dormilona, ou Bandeja ?
Ces trois coups partagent une philosophie : changer le rythme du point. Mais ils diffèrent totalement dans leur contexte :
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La Bandeja : se joue en l’air, défensive, pour contrôler un lob.
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La Dormilona : s’exécute au filet après un smash adverse tapant la vitre du fond.
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La Dejada : se joue au filet, en position d’attaque.
Les trois nécessitent une excellente technique, mais la dejada reste la plus accessible à moyen terme, à condition de bien doser ton geste.
L’essentiel à retenir
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La dejada est un amorti joué au filet pour surprendre l’adversaire et casser le rythme.
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Elle demande un geste précis, un excellent toucher de balle et une lecture fine de la position adverse.
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C’est un coup d’intelligence tactique : il transforme une position neutre en point gagnant.
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Son efficacité repose sur la maîtrise du dosage, la position du corps et le relâchement du poignet.
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Bien exécutée, la dejada devient une arme décisive, surtout sur les courts lents ou en extérieur.
